Centre de Formation à l'Action Civique et Culturelle selon le Droit Naturel et Chrétien

Pornographie : les "90" déferlantes

"On asservit les peuples plus facilement avec la pornographie que par des miradors".
Alexandre Soljenitsyne

L'histoire de l'humanité avait pourtant connu des périodes "chaudes" comme l'on dit à présent. Des processions phalliques de l'Antiquité jusqu'aux défoulements pervers du Marquis de Sade, en passant par certains poèmes, fêtes ou peintures de la Renaissance, les délires "érotiques" de la Régence et ceux des "merveilleux" et des "incroyables" du Directoire exhibant leurs charmes sous des voiles transparents et sous les colonnades du Palais-Royal, nos ancêtres ne semblaient pas avoir méconnu ce que certains prétendent pourtant aujourd'hui nous présenter comme l'une des caractéristiques de notre toute récente découverte de la "liberté" !

Mais à l'exception de la période antique, ces délires et fantasmes se trouvaient réservés à un public restreint, servant certes de mauvais exemple mais pas d'archétype à des sociétés qui préféraient communément envisager la femme comme la "dame de ses pensées", comme la mère, voire comme la Vierge, plutôt qu'en tant que simple objet de convoitise et de plaisirs.

Tel n'est certes plus aujourd'hui le cas, en cette fin de siècle et de millénaire, et dans nos pays occidentaux, pourtant inventeurs de l'amour courtois, où la pornographie s'installe à chaque coin de rue et jusque dans l'intimité des foyers par médias interposés, l'obsession et l'exhibition sexuelles prétendent constituer l'un des accomplissements et des sommets de la liberté individuelle et collective.

 

Qu'est-ce que la pornographie ?

Mais au fait, qu'est-ce que la pornographie ? Etymologiquement, le mot vient du grec "porné" qui signifie prostituée et "graphein", décrire. La pornographie se définit donc comme la description et la représentation d'actes sexuels ou de postures sexuelles pour de l'argent. C'est d'ailleurs la définition qu'en donne le Petit Robert : "Représentation par écrits, dessins, peintures, photos ou films, de choses obcènes destinées à être communiquées au public", qui néglige d'insister sur l'aspect lucratif mais précise, en en soulignant l'obscénité, qu'il s'agit d'actes blessant délibérément la pudeur en suscitant des émotions et des représentations d'ordre sexuel.

La pornographie est donc cousine germaine, pour ne pas dire soeur jumelle de la prostitution, à cela près que la prostitution monnaye directement l'acte sexuel lui-même, la pornographie se contentant, si l'on peut dire, de vendre l'incitation à l'acte sexuel. Mais il n'y a pas loin de la coupe aux lèvres !

"Entre pornographie et prostitution, en effet, il y a à la fois analogie et complicité. Analogie car, comme l'a constaté une universitaire canadienne, Nancy Houston, la pornographie donne à voir à son client, par le texte ou par l'image, ce que le proxénète offre en réalité au client par le corps de la personne prostituée.

Complicité car ce n'est pas un hasard si sex-shops, life-shows et peep-shows prospèrent dans les quartiers de prostitution. Les deux industries exploitent un même marché" (1).

Cette définition posée, et irréfutable quant à ses termes, l'on en voit immédiatement les conséquences, même à ne porter aucun jugement de valeur sur la chose elle-même. Conséquences immédiates qui s'imposent dans une relation directe de cause à effet :

- la dépersonnalisation de l'être humain, uniquement considéré dans son corps, et le corps uniquement considéré comme moyen de plaisir sexuel,
- la séparation radicale de l'acte sexuel de l'amour que se portent un homme et une femme, l'acte d'amour physique cessant d'être expression d'une tendresse et d'une communion pour ne plus être que moyen de plaisir,
- la dégradation du corps de la femme et l'atteinte à sa dignité de personne humaine, puisque celle-ci n'est plus considérée qu'en tant que moyen de l'excitation sexuelle et du plaisir sexuel.

On le voit, la pornographie prend le moyen pour la fin, inversant radicalement l'acte d'amour et le coupant à la fois de sa source et de sa finalité.

Ajoutons ici une dimension supplémentaire, souvent passée sous silence parce qu'elle n'est qu'implicite dans les définitions que nous venons de donner : la pornographie fait entrer dans le domaine du public, de la représentation publique, des actes et des comportements entre l'homme et la femme qui relèvent essentiellement de l'intimité du couple et par conséquent du domaine de la vie privée. C'est ce que rappelle le "Catéchisme de l'Eglise catholique" lorsqu'il en donne cette définition exhaustive tant sur le plan de la réalité de l'amour humain que sur celui de la dignité de la personne humaine : "La pornographie consiste à retirer les actes sexuels, réels ou simulés, de l'intimité des partenaires pour les exhiber à des tierces personnes de manière délibérée. Elle offense la chasteté parce qu'elle dénature l'acte conjugal, don intime des époux l'un à l'autre. Elle porte gravement atteinte à la dignité de ceux qui s'y livrent (acteurs, commerçants, public) puisque chacun devient pour l'autre l'objet d'un plaisir rudimentaire et d'un profit illicite. Elle plonge les uns et les autres dans l'illusion d'un monde factice" (2).

La pornographie faisant partie de ces métiers que l'on dit "vieux comme le monde", elle pourrait, à la limite, être considérée comme inhérente à une certaine frange de l'humanité qui se dissimule en marge de nos sociétés comme la lie repose au fond du verre, si elle continuait à se limiter comme par le passé à un petit nombre d'individus dont l'indécence exhibitionniste se limite à un petit cercle privé.

Il n'en est rien. La pornographie a, depuis plusieurs décennies, cessé d'être l'affaire de quelques-uns pour faire irruption dans la vie publique, envahissant la vie de la cité et devenant par là même un problème politique.

Sauf à rester cloîtré chez vous, après avoir eu soin de jeter par la fenêtre votre appareil de télévision, votre poste de radio, votre chaine hi-fi, votre magnétoscope, tous les magazines, journaux quotidiens et hebdomadaires, les derniers romans remontant au moins à une vingtaine d'années en arrière, vous ne pouvez pas lui échapper !

Ainsi que chacun peut le constater, et comme nous l'allons montrer au départ de cette étude, la porno est partout dans les ramifications quotidiennes de la vie sociale. Sauf à se faire ermite, vous êtes sa victime tout au long de votre journée. L'argument fallacieux qui consiste à dire que vous n'êtes pas obligé de regarder la télé ou d'acheter un journal si vous ne voulez pas tomber sur une représentation pornographique ne rime à rien. Autant proposer de s'éclairer à la chandelle sous prétexte que le gaz d'éclairage est polluant. L'alternative est viciée au départ par une intolérance manifeste de la part de ceux qui se sont appropriés les moyens techniques contemporains de communication comme vecteurs de diffusion de leur propre image de l'homme et de la vie sociale.

 

Le vecteur médiatique

Il y a exactement trente ans, une certaine Noëlle Noblecourt était renvoyée de ce qui n'était encore que l'ORTF pour s'être permise de montrer ses genoux sur les écrans de l'unique chaîne de télévision. En moins de temps qu'il n'en faut pour voir arriver une nouvelle génération, ce qui n'était au départ que provocation isolée, mode, attitude, tendance, est devenu un réel raz de "marée noire" d'une pornographie incon-testablement déferlante et s'appuyant sur la toute-puissance de diffusion du vecteur médiatique.

Même pour vous donner l'envie d'acheter un malheureux pot de yaourt, les publicitaires se croient à présent obligés de nous faire profiter des formes sensuellement dénudées d'une jeune femme quittant le lit (peut-être) conjugal pour aller chercher dans le frigidaire de quoi prolonger la volupté par la gourmandise !... M. Benetton s'est, quant à lui, permis de pousser la provocation jusqu'à acheter des espaces publicitaires dans certains hebdomadaires à grand tirage pour nous faire le cadeau d'une soixantaine de sexes masculins et féminins, photographiés en gros plan, parmi lesquels il eut la "facétie" de dissimuler le sien !

Il suffit à chacun d'entre nous de se promener dans les rues d'une grande ville, et de cesser un instant de regarder l'endroit où il met les pieds, pour s'apercevoir que les affiches porno et autres sex-shops y fleurissent comme paquerettes sur les pelouses au printemps, et que nos murs, couloirs de métro et affichages publicitaires se sont transformés en écrans géants de l'incitation à la débauche.

Il n'est plus un film, pourtant classé comme "comédie dramatique" ou "policier" qui ne nous offre, ici et là, histoire de réveiller un peu le spectateur languissant, les fameuses scènes "érotiques" auxquelles vous ne pouvez rester de glace qu'en raison d'une santé particulièrement déficiente ou d'un âge particulièrement avancé ! Et même si vous allez voir "Bambi", les bandes annonces qui précèdent ne vous épargnent pas la projection des scènes osées des films à venir.

Les kiosques à journaux eux-mêmes sont devenus de véritables pièges. Même si votre intention se borne à l'achat du quotidien le plus anodin ou d'une revue sur les parcs et jardins, il vous faudra vous faufiler jusqu'à la caisse sous l'oeil narquois et affriolant d'une bonne cinquantaine de revues ouvertement pornographiques, ou prétendument "féminines" (3), attirant les regards et suscitant la concupiscence du passant normalement constitué, ou se transformant en agent d'agression et de déstabilisation si c'est votre fils de dix ans que vous avez envoyé chercher le journal. D'autant que même les "hebdo" dits d'information emboîtent le pas : "Pas une semaine sans qu'un hebdomadaire ne fasse une couverture "sexy". C'est "VSD" qui traite la mort de Fellini en publiant en "une" - et dos de kiosque - les fesses plantureuses d'une mamma italienne... C'est le mensuel économique "Challenges" qui faisait sa couverture de novembre sur l'incendiaire Kim Bassinger (dé)vêtue d'une simple paire de collant. C'est le "Nouvel Observateur" qui illustre un récent dossier sur la prostitution par une photo plus que suggestive. L'Edj ? Nous avons cet été battu un record de vente avec les "plus belles filles du monde" (250.000 exemplaires)" (4).

 

Emmanuelle contre Scarlett

L'argument sensuel, et le plus souvent carrément sexuel, est devenu prépondérant dans la panoplie utilisée par la publicité, quelle soit imprimée ou filmée. Certains spots publicitaires, pourtant diffusés à toute heure du jour, devraient être classés X, tout comme une majorité des clips vidéo, dont l'argument est musical, mais qui fascinent d'abord essentiellement par la provocation pornographique de leurs images, au demeurant superbes. Il en va ainsi des clips de ces deux monstres-sacrés que sont devenus Madonna et Michael Jackson (5), qui fascinent et déchaînent les passions de toute une jeunesse; mais aussi ceux de Milène Farmer, Patricia Kaas, Carole Laure et autre Herbert Léonard qui a reçu en 1987, pour son clip "Je vais t'aimer", le prix du meilleur clip érotique. Comme nous l'a si candidement avoué Philippe Solers sur FR3 le 25 février dernier à 11h, "la frontière entre l'érotisme et la pornographie est particulièrement floue". On ne le lui fait pas dire !

Pour ne pas abandonner tout de suite le domaine de la vidéo, il est facile de constater par soi-même que les accueillantes boutiques de location de films en vidéo-cassettes se sont transformées en agences très spécialisées : "Emmanuelle 1, 2, 3", "L'amant" et autre "Basic instinct", pour ne citer que les plus "soft", ont chassé les charmes coquets, superbes et néanmoins pudiques d'une Scarlett O' Hara, voire même les formes pulpeuses d'une Marilyn que vous avez un certain mal à trouver sous l'avalanche des films de vampires, de possession, de massacres à la tronçonneuse et autres gamineries qui cèdent eux-mêmes le pas à la suprématie incontestable des films classés X... Autant en emporte le vent !

La télé "rose"

Quant à la télé !... Demandons-en le bilan au très peu suspect de "pudibonderie réactionnaire" "Télé-Obs" : "1984, à l'ancienne heure de "Bonne nuit les petits" la playmate de Collaro fait son premier strip-tease. Personne ne bronche. Stéphane Collaro, le pionnier, se fait taper sur les doigts par la Haute Autorité pour son flirt avec son sponsor Orangina, pas pour le culot de ses girls. Sexe et télévision viennent d'entrer dans l'ère de la cohabitation".

"(...) Sept chaînes en France font de l'amour une affaire juteuse. Quatre chaînes passent des films pornographiques purs et durs. Le hard de "Canal +" a créé des adeptes sur le cable. "Ciné-Cinémas", qui appartient au bouquet de programmes satellites de Canal +, diffuse deux films X par semaine. "Canal Adult", sur le réseau niçois, organise des séances à partir de 1 heure du matin. Et, dans la région de Lille, une chaîne de télé à la carte propose du porno quotidien à ses adhérents.

Trois autres chaînes s'adonnent aux images plus molles d'un érotisme plus soft. Bien sûr, il y a Série-Club, qui écoule sur son antenne les vieux produits de la Six. (...) Tandis que la Six diffusait jusqu'à trois magazines érotiques, "Vénus", "Emotions" et "Sexy Zap", sans compter le grand film érotique du dimanche soir, la familiale TF1 s'inventait une "case rose". Le jeudi soir, attention les yeux ! D'Amanda Lear ("Méfiez-vous des blondes") à Sophie Favier ("Sans interdit"), de "Leçons d'amour" (avec le Doc, Christian Spitz) à "Demain, il fera beau" (avec Tina Kieffer), sans oublier la très émouvante "Télé Vision" de Béatrice Schoenberg, si souvent dédiée à la télé de charme et au charme de la télé... il n'est plus resté grand chose sur l'écran des prudes déclarations de Francis Bouygues et de Patrick Le Lay lorsqu'ils jouaient aux enfants de choeur pour obtenir leur concession" (6). On ne le fait pas dire à Christine Deymard qui signe cet article de "Télé Obs" en se posant cette question à la fois inquiétante et réaliste : "Les plus légalement vicieux vaincront ?".

L'on est en droit de se poser la question lorsque l'on se souvient qu'"il y a dix ans, Canal + scandalisait le paysage audiovisuel planétaire en étant la première chaîne à diffuser des films hard (...) et qu'elle persiste et signe avec le sulfureux "Journal du hard" qui est devenu une émission culte..." (7) ou que l'on apprend que "l'émission de radio la plus écoutée chaque soir n'est ni sur RTL, ni sur Europe1, mais sur Radio Fun : "Love in fun", animée par Doc (alias Christian Spitz), une émission où les jeunes viennent tout bêtement raconter leurs problèmes sexuels avec des mots, crus, parfois dérangeants (la première fois, la masturbation, la sodomie, mais aussi le viol, l'inceste). Ménie Grégoire revisitée par la FM. Résultat : de 3.000 à 10.000 appels téléphoniques chaque soir. Un raz de marée. TF1 a vite flairé le bon coup. Engagé illico presto le Doc, pour une mensuelle coquine façon télé éducative où l'on évoque aussi bien l'amour chez les Africains que les mystères de l'orgasme féminin" (8).

La Cinq avait cédé, elle aussi, avant de disparaître, au vertige de la pornographie déferlante : "Quelques titres d'émissions de la défunte Cinq, en matinée (octobre 1991) : "Les aphrodisiaques", "Les naturistes, vice ou vertu ?", "Sado-masos: des coups et des bonheurs", "La chimie de l'amour : la neuropsychobiologie", "Je trompe mon mari pour lui faire plaisir", "Les secrets d'alcove des conseillers conjugaux", "Les villes et les secrets de l'orgasme", "Ma première nuit d'amour", "S'aimer et vivre séparés", "Ras le bol du porno", "Je réclame le droit de mourir", "Oui, j'ai tué pour de l'argent", "Les transsexuels", "Le mari de maman et moi", "Fantasmes d'hommes, fantasmes de femmes" (9). Un vrai bain de fraîcheur !

Comme on vient de le constater, "il n'y a pratiquement pas un soir où l'on ne sacrifie pas au sexe sur une chaîne. Pas un soir où des parents puissent sortir tranquilles, sans se demander si leurs enfants, même parfaitement élevés, ne vont pas tomber sur une scène scabreuse, ne serait-ce qu'au hasard d'un zapping" (10).

C'est que, voyez-vous, cette inflation pornographique, cela rapporte !

Faire argent de tout...

On peut même dire que l'affaire est particulièrement juteuse ! "Pour les forçats de la part de marché, on n'a encore rien trouvé de mieux que le sexe", déplore Christine Deymard dans "Télé-Obs" (6) qui ne semble pourtant pas s'émouvoir outre mesure des très substantiels revenus que représentent pour le "Nouvel Observateur" ses petites annonces et téléphones "roses" !

L'argent n'a pas d'odeur, nous le savions depuis longtemps. Et encore moins en des temps où la récession économique est un bon prétexte pour ne pas faire le difficile. "Une chose est sûre, le X est aujourd'hui en France un secteur qui, grâce à la libéralisation des moeurs, la demande croissante du public et le professionnalisme de ses intervenants, représente un poids non négligeable (pour parler ici uniquement du cinéma et de la vidéo X sans inclure d'autres branches du "sex-business" comme les gadgets, revues, Minitel). Cette influence est aujourd'hui suffisante pour que le très sérieux magazine "Challenges" lui consacre un dossier dans l'un de ses derniers numéros. (...) Ce mensuel économique, pourtant rôdé à ce type d'enquête, avance un chiffre d'affaires global en France de 100 millions de francs, une estimation sans doute bien inférieure à la réalité", réalité selon laquelle on peut estimer que "le chiffre d'affaires global du X en France (...) dépasse la coquette somme de 2 milliards de francs" (11).

Ainsi, depuis plusieurs années, la vente des cassettes classées X s'est considérablement développée et les points de distribution se sont à la fois multipliés et diversifiés. Elles sont aujourd'hui devenues les "best-sellers" des sex-shops : "Si Jean-Pierre Flore, président de la Fédération des sex-shops affirme "qu'elles ne représentent que 20% de leur chiffre d'affaires", nombreux sont ceux, et en premier lieu Richard Fahl le PDG de "Concorde", qui pensent que le pourcentage réel doit être plus proche de 50%. Il existe environ deux cent vingt sex-shops en France avec un chiffre d'affaires par établissement compris entre 500.000 et 3 millions de francs par an suivant son implantation. (...) Moins "mythiques" sont les vidéo-clubs ouverts à une clientèle plus large. La majorité propose un rayon hard et la plupart des gérants avouent que : "Le rayon X est très important voire vital pour eux". Henri Lenique, le PDG de "Penguin", affirme même que : "Sans le X, un vidéo-club ne marche pas en France". (...) Pour Alain Gayout, du Rassemblement National de la Vidéo : "La part du X représente 15 à 25% du volume d'un vidéo-club" et certains nous ont avoué atteindre les 50%. (...). Il y a quelque temps la chaîne "Blackbuster", qui possède plus de 4.000 vidéo-clubs aux USA et qui vient de s'implanter en Angleterre, a procédé à une étude sur le marché français. Cette société, qui a comme concept la "vidéo-familiale", s'est aperçu qu'il est indispensable d'avoir du X en rayon. Elle a donc renoncé à cette implantation" (11). Au pays de la "Princesse de Clèves" et de la Carte du Tendre, c'est ce qui s'appelle "avoir mal tourné" !...

D'autant que la diffusion de ces produits classés X envahit tous les réseaux de la distribution. Ainsi les grandes surfaces sont-elles devenues elles aussi des points de vente de cassettes pornographiques. Vous en trouvez même dans les boutiques-shops autoroutières. "Il y a un an, il apparaissait suivant les sources que le X représentait 10 à 30% des ventes de vidéos de supermarchés. Pour l'année 90, le total des ventes est estimé entre 8 et 10 millions de cassettes hard (vendues entre 89 et 250 francs). Il est donc possible de dire que le X en supermarché représente au minimum un milliard de francs" (11).

 

... et remplir les caisses de l'Etat

En dehors des impôts prélevés normalement sur l'activité commerciale de ces entreprises "au-dessus de tout soupçon", l'Etat lui-même profite des rentrées juteuses engendrées par la pornographie. "Plus directe est la contribution du hard au bon fonctionnement des P&T. Les frais postaux des éditeurs et grossistes représentent près de 20 millions de frais postaux par an" (11). Sans oublier les très lucratifs rapports des "3615 Ulla" et autres bons numéros du Minitel Rose !

Autre bénéficiaire de cette course effrénée au profit : notre commerce extérieur qui redresse ses médiocres résultats en s'appuyant sur d'appréciables exportations de ces nouveaux produits manufacturés : "A l'Est, avec l'effondrement du communisme, le sexe est descendu dans la rue (...). A Varsovie, 15.000 prostituées ont envahi la ville. A Moscou, "Andréi", le pendant russe de "Playboy", se vend à 150.000 exemplaires et les cassettes porno partent comme des petits pains au marché noir. Réaction logique à des décennies d'obscurantisme ? Réponse outrée à une crise économique qui n'en finit pas de secouer l'ancien bloc soviétique ? L'ultra-libéralisme a succédé à l'étatisme centralisé, le communisme castrateur a débouché sur un capitalisme sauvage où l'économie de marché a fait du corps une marchandise solvable" (12).

On le voit bien, notre société post-socialiste ou néo-capitaliste, disons socialo-capitaliste n'éprouve aucun scrupule à rentabiliser son absence de références morales et la crise de ses moeurs. "Le phénomène du cinéma pornographique est éclairant sur le comportement du cinéma capitaliste (...). Le libéralisme rentabilise la "libéralisation des moeurs" : la façon dont il en use, le préjudice qu'il crée à la collectivité lui importe peu" (13).

 

Une volonté subversive...

N'ayons pas la naïveté de croire que ce préjudice causé à la société n'est que le fruit du pur hasard, d'un accident de l'histoire, à imputer simplement aux malheurs des temps, à l'évolution des moeurs ou à la soif d'argent de quelques-uns.

Il n'est pas que le capitalisme anonyme, avide de profits quelle qu'en soit la source, qui trouve son intérêt à la diffusion massive de la pornographie dans une société que le libéralisme philosophique a rendue incapable de se défendre.

Revêtus du prestige "moral" et du sérieux accordé aujourd'hui sans trop de discernement à toute construction intellectuelle pourvu qu'elle offre un semblant de logique, bien plus redoutables sont sans aucun doute les théoriciens de la "révolution sexuelle".

En effet, la libéralisation outrancière des moeurs à laquelle nous assistons aujourd'hui, et qui a développé la quasi totalité de ses conséquences en l'espace d'à peine une génération par l'effet démultiplicateur des médias, s'inscrit dans le mouvement général de subversion de la société, société voulue par Dieu afin d'offrir à l'homme les conditions naturelles de son salut éternel. Comme semble le relever ponctuellement Pierre Pons dans "Vidéo-Exclusive", lorsqu'il souligne tout naturellement que "dans quelques années les sociologues se pencheront sans doute sur le phénomène, et, après l'avoir étudié de fond en comble, ils découvriront probablement qu'en ouvrant ses ondes au sexe Canal + a transformé la société" (14).

La volonté de pourrissement des moeurs dans l'intention d'y faire périr l'institution familiale et la société, relais éducatifs qui à chaque génération s'acharnent depuis des siècles à refaire des petits chrétiens, cette volonté corruptrice délibérée préside dès le départ à l'action révolutionnaire.

On la trouve déjà dans les intentions maçonniques à la fin du XVIIIè et au début du XIXè siècle. Témoin cette lettre de Piccolo-Tigre, en date du 18 janvier 1822 à une vente piémontaise : "Pour propager la lumière, il a été jugé bon et utile de donner le branle à tout ce qui aspire à remuer. L'essentiel est d'isoler l'homme de sa famille, de lui en faire perdre les moeurs. Il est assez disposé par la pente de son caractère à fuir les soins du ménage, à courir après des plaisirs faciles et des joies défendues" (15).

Plus significative encore cette autre lettre, en date du 9 août 1838, d'un membre de la Haute-Vente : "Le catholicisme n'a pas plus peur d'un stylet bien accéré que les monarchies; mais ces deux bases de l'ordre social peuvent crouler sous la corruption : ne nous lassons donc jamais de corrompre. Tertullien disait, avec raison, que le sang des martyrs enfantait des chrétiens. Il est décidé dans nos conseils que nous ne voulons plus de chrétiens, ne faisons donc pas de martyrs, mais popularisons le vice dans les multitudes. Qu'elles le respirent par les cinq sens, qu'elles le boivent, qu'elles s'en saturent (...). Faisons des coeurs vicieux et vous n'aurez plus de catholiques" (16).

Le "Père du divorce", Alfred Naquet, franc-maçon de son état, soulignait lui aussi inlassablement cette nécessité de transformer les mentalités de façon à faciliter la transformation sociale et politique : "Pour légitimer l'union libre, il faudrait un changement de notre mentalité. Car au fond, le mariage nous est plutôt imposé par nos moeurs que par nos lois. Or, on ne change pas la mentalité d'une nation par un décret ou par une loi surtout quand cette mentalité est, comme la nôtre, aussi imbue de préjugés catholiques" (17).

D'où l'impérieuse nécessité de fabriquer des "coeurs vicieux" évoquée plus haut et qui s'appuiera principalement sur le vecteur culturel : "Au XIXè siècle, ce sont les romans qui jouent ce rôle, et spécialement ceux des deux frères Marguerite qui apitoient les lecteurs sur le sort de certaines familles, les amenant à souhaiter le divorce libérateur. Les adversaires de la famille comprennent immédiatement l'importance de ces fictions littéraires : "Il fallait faire plus encore, écrit en 1908 l'auteur socialiste Paul Abram dans son livre "L'évolution du mariage". Il fallait pénétrer plus intimement la conscience publique, diffuser plus largement les idées émancipatrices. Seule une oeuvre romanesque, reflétant les exigences des moeurs, pouvait, grâce à l'agrément d'une intrigue, conquérir le grand public" (18).

 

... qui perdure dans le temps

Cette étroite relation de cause à effet entre la destruction de la famille et de l'ordre social traditionnel avec le pourrissement des moeurs se retrouve dans les théories subversives du marxiste et disciple de Freud, Wilhelm Reich, qui élabora au début de notre siècle la théorie de la révolution sexuelle.

Celui-ci estimait que toutes les sociétés traditionnelles avaient comme dénominateur commun la répression des pulsions sexuelles et en particulier la condamnation de l'inceste. L'origine de l'énergie humaine se trouvant dans l'élan sexuel, la structure sociale accapare, selon lui, cette énergie originelle pour l'utiliser à des fins économiques, ou la castrer dans des attachements familiaux. La révolution sociale et économique devrait déboucher sur la libéralisation des moeurs et la totale liberté sexuelle. Et inversement, le meilleur facteur d'explosion sociale réside dans l'éclatement des moeurs et la dissolution de la vie familiale.

C'est ainsi qu'il désignait clairement son ennemi : "Au premier rang des systèmes qui reproduisent l'ordre établi vient la famille patriarcale qui crée chez les enfants une structure caractérielle les préparant à subir docilement l'influence ultérieure de la société autoritaire bourgeoise", ou encore : "Dans cette combinaison des faits économiques et idéologiques, la famille bourgeoise se présente comme le premier et principal lieu de reproduction du système capitaliste comme la fabrique de son idéologie et de sa structure" (19).

La pensée de Wilhelm Reich sera d'une importance capitale dans l'évolution des théories révolutionnaires de notre XXè siècle. Le sociologue et philosophe américain Herbert Marcuse, qui est à l'origine de la dénonciation contemporaine de la société dite "de consommation" et l'un des théoriciens de la révolution sexuelle du mouvement hippie et de la révolution estudiantine de 1968, peut être considéré comme s'inscrivant dans la logique de la pensée du psychanalyste autrichien.

Plus précises encore sont les intentions du mouvement communiste américain quant à l'utilisation du pourrissement des moeurs pour le renversement de l'ordre social :

"Le Bureau des Archives du Congrès des Etats-Unis (Sénat) a publié le 10 janvier 1963 une liste des objectifs et plans communistes en 45 points. Ces points sont le résultat d'une analyse faite par M. Skousen, directeur des opérations du Conseil de Sécurité américain. Voici quelques-uns de ces points relatifs à la morale et à la famille :

"- 25 - Faire tomber les normes culturelles du sens moral en poussant la pornographie et l'obscénité dans les livres, les journaux illustrés, le cinéma, la radio et la télévision.
- 26 - Présenter l'homosexualité, la dégénérescence et la promiscuité des sexes comme "normale, naturelle et bonne pour la santé".
- 40 - Discréditer la famille comme institution. Favoriser l'amour libre et le divorce facile.
- 41 - Mettre en relief la nécessité d'élever les enfants loin de l'influence limitative des parents. Attribuer les préjugés, les blocages psychologiques et le retard des enfants, à l'influence répressive des parents."" (20).

Plus proche encore de nous dans le temps et dans l'espace, nous retrouvons la même intention dans cette déclaration du Planning Familial en 1978 : "Nous militons pour la contraception et l'interruption volontaire de grossesse ni par malthusianisme ni pour améliorer l'état sanitaire de la population. Nous faisons le pari de croire qu'une femme ou qu'un homme qui peut modifier son comportement sur cet aspect essentiel de sa vie pourra dans d'autres domaines se prendre en charge et contester ainsi les comportements et situations traditionnels" (21).

Ainsi que nous venons de le constater, franc-maçonnerie, socialisme, communisme, freudisme, en dépit de très importantes divergences d'analyses théoriques, semblent avoir en commun, outre leur essentielle volonté subversive, la conscience que le pourrissement des moeurs ne peut que servir leurs desseins de transformation de la société. Chacun avec ses méthodes, ces différents courants idéologiques révolutionnaires participent à cette dissolution de nos moeurs, en lui fournissant, selon les circonstances, des arguments intellectuels, des mots d'ordre, des objectifs ponctuels, travaillant à fabriquer un nouvel état d'esprit au service de cette "évolution des moeurs" que d'aucuns considèrent encore naïvement comme "inéluctable".

 

Quelques rabateurs aujourd'hui

Naïveté d'autant plus impardonnable que les actuels grands tenors de la révolution sexuelle, aussi bien politique que du "show-biz", ne se gènent pas pour replacer la provocation pornographique à l'intérieur d'un mouvement beaucoup plus large de subversion et dans la grande filiation révolutionnaire que nous venons d'évoquer.

Ainsi Madonna, diva provocatrice qui prétend demeurer, en s'en délectant, celle par qui le scandale arrive, n'hésite pas à confier à "Paris-Match" :

- "J'espère que ce que je fais peut contribuer à mettre en marche la machine pour faire sauter le système de l'intérieur".
- "Vous tenez des discours de militante révolutionnaire", s'enquiert Henri-Jean Servat qui recueille ses propos et reçoit la réponse suivante :
- "J'en suis une. Mon travail devrait ouvrir les yeux de beaucoup de gens et les aider à entamer leur propre révolution sexuelle" (22).

Non moins claires sont les propos du réalisateur mexicain Arturo Ripstein, révélation du 21è festival du cinéma de La Rochelle en 1993, qui déclare : "L'inceste entre un frère et une soeur est au centre de mon dernier film, "La femme du pont". Les intentions ne sont pas très saines, je le reconnais. J'aime bien me dire que l'on peut faire éclater la cellule familiale" (23).

L'histoire de la "Cicciolina" (petite chatte) est encore plus significative d'une volonté de subversion politique par le pourrissement des moeurs. "(...) dans son histoire, la hongroise Llona Staller, célèbre sous son surnom de Cicciolina, raconte son recrutement et ses activités d'"hirondelle" par l'AVH (les services hongrois) à Budapest, puis son installation en Italie. On reste confondu par l'audace de cette opération "toutes voiles dehors" : lancer un star du porno le plus hard, c'est déjà contribuer à l'accélération du pourrissement des moeurs; l'utiliser pour compromettre maintes personnalités est tout aussi classique, mais réunir dans le même combat la pornographie, l'écologie, le pacifisme, puis pénétrer le Parti radical et obtenir un mandat parlementaire est un chef- d'oeuvre. D'autant que l'on annonce la couleur (...) en soulignant qu'il s'agit bien d'une "opération subversive" puisque "quand le sexe devient un élément de contestation et de subversion, il effraye encore plus qu'une révolution". (...) "Mon engagement politique et la contestation faisaient de plus en plus partie de mon quotidien"" (24).

Par l'impact même de la fonction exercée pendant plus de dix ans, notre ministre-à-vie de la culture, Jack Lang, se fait lui aussi le porte-parole d'une mission socio-politique de la vague pornographique : "je défends M6. Ses films sont trop aseptisés. ll y a à inventer un genre de films érotiques vrais de vrais. C'est de la guimauve. Canal +, généralement passe d'assez bons films pornos. C'est un genre que l'on a tort de décrier ou de mépriser. J'ai un petit regret. J'aurais dû supprimer dans la législation française la catégorie X qui pénalise fiscalement ce genre de films. Il n'y a pas de raison de les écraser ou de les étouffer. Au contraire, il faudrait qu'il y ait une production originale de films érotiques. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi on est aussi cul-serré et pisse-vinaigre" (25). On admirera au passage le langage fleuri et imagé d'un ministre de la culture française !

Que l'on songe, toujours dans la même perspective, à l'extraordinaire impact subversif que représente, pour une jeunesse totalement déracinée culturellement et moralement, l'archétype-héros rebelle que lui ont fabriqué et imposé le tout show-biz et médias confondus en la personne de Cyrille Collard. Le thème des fameuses "Nuits fauves" - les amours morbides entre une jeune droguée et un homosexuel séropositif qui finit par la prostituer - suffit en lui-même à faire le portrait de ce personnage "mythique", soi-disant emblématique d'un mal d'être romantique, mais qui verse en fait dans le nihilisme révolutionnaire le plus pervers.

Encore plus significative de la filiation avec le grand mouvement de subversion de la société, est cet éditorial du numéro 1 de la très récente revue "Sans nom", dont les termes sonnent à la fois comme une analyse socio-politique, un cri de victoire et une déclaration de principes : "Les amants de la première révolution sexuelle étaient des révoltés. Ils s'insurgeaient contre la société pudibonde des années 50-60, coincée entre ses interdits absurdes et ses lois désuètes. Ils découvraient la liberté, ils l'inventaient, ou croyaient l'inventer, s'y jetaient sans retard et sans précaution, avec ivresse. Les générations suivantes ont continué la sarabande.

En une décennie, de 1975, l'année de la pilule autorisée aux mineures, à 1985, l'année du sida, la liberté sexuelle devient totale. Tabous démolis, censure muette, mariage en chute libre... Dès l'âge de quinze ans, tout est permis. Faire l'amour est devenu la norme. Plus personne n'y trouve à redire. On parle cru, on dit ses fantasmes, on s'escrime à les réaliser. Toute la société se sexualise. Témoignages en direct à la télé, minitels roses, films X, publicités qui rivalisent de lubricité. Le sexe se vit comme une évidence. Comme de fumer un joint : c'est un acquis.

Le sida est arrivé comme un serial killer au milieu de la fête, tuant tous ceux qui riaient trop fort. (...) Il fallait s'adapter, continuer par d'autres moyens (...). Le sida nous a forcés à cette critique de la copulation pure, il nous a obligés à nuancer le jeu et à étendre la volupté au-delà de la petite économie des orgasmes. Voyez les conséquences. (...) Jamais l'exhibitionnisme n'a été aussi intense, la mode aussi provocante. (...) Les femmes, leur liberté, leur audace ont été le catalyseur de la deuxième révolution sexuelle. Jamais nous n'avons eu la liberté d'accumuler autant d'expériences et jamais le risque n'a été aussi grand. Le risque est le drame de la deuxième révolution, sa hantise silencieuse, le tragique de notre temps. Notre inconscience nous terrifie, nous fascine. Mais comment y échapper ? La loi du sexe c'est l'excès, la loi de l'amour l'absence de loi. Seul un nouvel art de jouir peut nous sauver. En attendant l'immense bacchanale mondiale saluant notre victoire sur le virus. Alors commencera la troisième révolution sexuelle" (26).

Qu'on nous pardonne la longueur de cette citation, intéressante à double titre : par sa lucidité provocante d'un côté, mais surtout d'un autre par sa fascination morbide pour le gouffre dans lequel elle s'enfonce.

La descente aux enfers

La pornographie n'est certainement pas une "gauloiserie" un peu poussée, "bien de chez nous" en quelque sorte, au reste totalement inoffensive. Ne nous y trompons pas, ce paradis de la "jouissance absolue" que l'on nous propose comme aboutissement de notre liberté, se révèle être, par une sorte de vertige de dépendance et d'accoutumance, une lente descente aux enfers, souvent très morbidement choisie en tant que telle ainsi que nous l'allons voir.

Dans les années 1970, nombre de psycho-sociologues américains, à la suite de Seymour Feschback, avaient tendance à considérer que les représentations et films pornographiques constituaient une sorte d'exutoire quasi inoffensif aux pulsions sexuelles, leur évitant ainsi de dégénérer en agressions violentes. "Cette théorie, dite de la "catharsis" est depuis longtemps abandonnée par tous les spécialistes des sciences sociales, y compris par son auteur. En effet des expériences faites sur des groupes d'étudiants ont montré qu'une consommation assez massive de matériel pornographique modifie l'image que l'on se fait de la femme et rend indulgent vis-à-vis du viol" (27).

Ainsi que le confirme la psychologue Liliane Lurçat, interrogée dans le "Nouvel Observateur" , "s'il est vrai que par catharsis une personne liquide ses pulsions de violence, alors les Américains, soumis à un bombardement d'images de plus en plus violentes, devraient être doux comme des agneaux. Ce n'est précisément pas le cas.

(...) Avec la télévision, c'est tout le contraire : il n'y a pas catharsis mais contagion. On ne peut ignorer la corrélation existant dans le temps entre l'augmentation des actes agressifs, chez les moins de quinze ans notamment, et la consommation d'images télévisées" (28).

La large diffusion par les médias de photos et de films pornographiques va beaucoup plus loin que la simple agression contre la pudeur, elle crée une contagion émotionnelle qui a comme conséquence une incitation au passage à l'acte, particulièrement dangereuse dans des sociétés qui rejettent toute moralisation des comportements personnels et collectifs.

"On dit parfois que "voir du porno, ça défoule". N